La Rose Noire

La terre vous parle

 

        Vous me fatiguez, vous m’épuisez, vous me déchirez avec vos bombes. Vous me poignardez avec vos missiles, vous faites trop de bruit.

Je vous donne à boire, je vous donne à manger, et certains trouvent le moyen de laisser les autres mourir de faim.

Je vous allaite dès votre naissance, et à la fin de votre vie, je vous reçois, je vous accueille, je me fais lit pour votre repos.

Je vous sucre, je vous pastèque, je vous aubergine, je vous amande, je vous mandarine, je vous fleure, je vous jasmine. Je vous donne mes odeurs pour vous égayer, je vous emmène dans ma mémoire jusqu'à vos ancêtres, je me tapisse de neige pour vous distraire, et de sable pour vous plaire.

Je me grotte, je me roche,  je minéralise, je cicatrise vos blessures, je vous donne les fruits de mes entrailles, je vous porte, je vous emporte, je vous supporte, je vous transporte.

Sur chacun de vous il y a mes empreintes, mes couleurs et mes accents. C’est par ma forme que sont formés les gestes de vos mains quand vous mangez, de vos pieds quand vous dansez. C’est sur moi que tout s’appuie. Votre équilibre vous me le devez. Ne vous ai-je pas ouvert mon ventre pour répondre à vos besoins ? Satisfaire vos caprices ? Abriter vos corps ?  

Si je disparaissais, où pourriez-vous planter vos arbres ? Si je retirais mes eaux que pourriez-vous boire ? Si je voilais mes beautés, que pourriez-vous voir ? Si j’emportais mes céréales, mes fruits, mes forêts, mes océans, sur quoi iraient se poser les oiseaux ? Sur quoi iraient courir les chevaux ? Comment iriez-vous peindre vos gloires, vos victoires, vos guerres, vos misères, vos haines et vos amours ?

Quand vous suffoquez, qui vous aère ? Quand vous vous chagrinez qui vous console, vous cajole ? Je me laisse labourer, vous me goudronnez ; je me laisse vendanger, vous me nucléarisez.

Attendez-vous à voir mes rivières sécher, mes montagnes s’écrouler. Vous ai-je déprimé avec mes jardins ? Vous ai-je stressé avec mes parfums ?

Quand je suis arbre, vous me coupez. Quand je suis céréale, vous me brûlez. Quand  je suis eau, vous me polluez. Quand je suis fertile, vous me gaspillez. Quand  je suis Afrique vous m’affamez. Quand je suis pétrole vous me pompez. Quand  je suis Nord vous me modernisez. Quand  je suis Sud vous me sous-développez.

Je n’en peux plus ... Qui pourra me ressourcer ? Quel autre peuple pourra m’habiter ?

 

Raouf Ben Yaghlane



31/01/2007
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